Le récit de Bruno

La quadrature du cercle géographique

Dans son dernier message, Bruno nous explique comment il s'y est pris pour déterminer son itinéraire. Pas simple !
Trouver ma piste cyclable africaine : la quadrature du cercle géographique. Prenez une carte de l’Afrique, laissez de côté la ceinture méditerranéenne car, pour s’en échapper vers le Sud, il faut traverser le Sahara, ce qui n’est pas la piste cyclable la plus fun ; portez alors votre regard entre équateur et dixième parallèle nord, force est de constater que, pour des raisons de sécurité, il vaut mieux malheureusement éviter en ce moment la côte du golfe de Guinée (Libéria, Guinée, Sierra Leone, Côte d’Ivoire). Un itinéraire évident apparaît alors entre ces deux régions : partir de Dakar et rejoindre Djibouti, tel était mon projet initial ; mais cette piste cyclable passe par le Darfour… triste Soudan, tu m’obliges à virer de bord, à mi-parcours, vers le Sud.
Octobre sera donc sénégalais. J’ai choisi la piste du Nord, de Dakar je rejoindrai la française St Louis, puis tout du long de la Nationale 3 je longerai le fleuve Sénégal jusqu’à Matam. Là je piquerai plein Sud : une piste existe sur la carte, mais cette traversée du Sahel sera sans doute ma première épreuve délicate de pleine brousse. Repos à Tambacounda et poursuite vers le Sud-est en traversant le parc de Niokolo Koba (peut-être pas à vélo) pour achever le séjour sénégalais dans le pays Malinké (autour de Kédougou). Avec un peu de chance, la frontière à Satadougou sera ouverte, ce qui me permettra d’entrer, après environ 1.200 kilomètres, au Mali.
« Kéniéba – Mali – début novembre ! », telle est la conclusion de la palabre que j’ai eue récemment avec mon ami burkinabais Salia. Salia, guide touristique d’une mémorable épopée cycliste d’une semaine avec Pierrot et Jean-Marc en 2005, m’a proposé de me rejoindre sur la route pour partager l’aventure (c’en est en effet une en pour lui : il n’est pas plus cyclotouriste que moi et n’est jamais allé dans l’Ouest malien). Si Dieu le veut, nous nous retrouverons donc à Kéniéba ; de là, selon l’état des pistes (ce sera la fin de l’hivernage), nous espérons rejoindre la route Kaynes-Bamako à Kita en prenant au plus court, c’est-à-dire via le parc de Bafing. Repos à Bamako, virée par le fleuve Niger ou en taxi-brousse pour aller voir la fabuleuse mosquée de Djenné, puis en selle vers le Sud-est en pays Sénoufou pour rejoindre la frontière du Burkina après Sikasso, ce qui devrait faire environ 1.000 bornes maliennes.
Ce devrait être début décembre, l’itinéraire burkinabais est simple (1.100 kilomètres) : rejoindre Bobo, puis, plein Est, longer la frontière (Ghana, Togo, Bénin) pour rejoindre tout au bout de la route, vers Noël, le parc du W, puis la frontière nigérienne à Kanchari.
Un Nouvel An à Niamey ! Ça ne vous fait pas rêver ? Moi si, surtout si j’ai la chance d’y retrouver mes amis Kiari et Absou qui y seront peut-être pour leurs congés de fin d’année. Ensuite, ma piste cyclable est plus incertaine. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je partirai toujours vers l’Est. J’ai le souvenir d’une soirée passée à Damas avec Kiari et Absou au cours de laquelle Absou parlait de la vie à Zinder, sa ville natale ; depuis, j’ai envie d’y aller. Mais la route sera longue et difficile dans ce quasi désert sahélien : 900 kilomètres jusqu’à Zinder (auxquels il faut ajouter 150 kilomètres si je veux pousser jusqu’à Gouré, la ville natale de Kiari). Mais l’incertitude tient surtout à la suite : aurai-je, lors de mon passage à Niamey, obtenu un visa pour le Tchad ; la frontière terrestre nigéro-tchadienne sera-t-elle ouverte ; trouverai-je un véhicule pour m’emmener plus à l’Est (je n’envisage en effet pas de tout faire à vélo) ? Si oui, l’étape suivante devrait être N’Djamena pour un simple transit tchadien avant de bifurquer plus au Sud vers le Cameroun. Si non, retour à la case départ à Niamey et recherche d’une solution, sans doute par les airs…
Février au Cameroun, là l’itinéraire n’est pas très bien défini, car c’est loin le mois de février ! Mais regardez la carte du Cameroun et vous découvrirez qu’il n’y a pas cinquante itinéraires lorsque l’on vient de N’Djamena et que l’on doit aller à Yaoundé (notamment pour y faire faire les visas pour la suite du voyage). Cela fait tout de même 1.400 kilomètres (plus 200 pour rejoindre la frontière du Gabon)…
Mars, le mois des retrouvailles. Après ce premier semestre de balade et ces sept à huit milles kilomètres, j’espère en effet tout d’abord rejoindre mon ami Jean-Rémy à Libreville, puis j’aurai le plus grand plaisir de retrouver Kiari et Absou dans leur nouvelle résidence à Malabo (Guinée équatoriale).

Reprenons la géographie. Après cette première partie d’itinéraire ouest-africain, où aller ? L’Afrique centrale est exclue : Congo, ex-Zaïre, Rwanda, Ouganda, Zimbabwe… pas vraiment des pays pour faire une balade à vélo cool. La Corne de l’Afrique, non plus (Somalie). Là encore un itinéraire naturel se dessine entre les deux : la mythique Éthiopie bien sûr (en avril), et tout naturellement piquer vers le Sud… le Kenya et ses parcs (en mai)… la Tanzanie et le Kilimandjaro… puis… la plage à Zanzibar (en juin) ! Un saut de puce en avion, et c’est Madagascar (cela mérite bien deux mois : juillet-août). Nouveau saut de puce aérien vers Johannesburg (Afrique du Sud), et si tout va bien, septembre 2007 me mènera, je l’espère (!), jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Mais tout cela est si loin (dans le temps) que l’itinéraire de ma piste cyclable au second semestre est très approximatif et susceptible d’être largement bouleversée… je vous tiendrai au courant… dans quelques mois… si tout s’est bien passé de Dakar à Libreville !
|