Un an déjà
Un an... Est-ce court ? Est-ce long ? Peu importe, c'est un jalon; la question que se posent beaucoup d'entre nous c'est : et maintenant ? Bruno va-t-il retrouver ses séries de chiffres, de statistiques et études ou va-t-il continuer son périple à travers l'Afrique ? Et pourquoi pas un peu des deux ! Vous en doutez ? Et bien lisez la petite étude qui suit; une petite "publication" fort intéressante et tout à fait sérieuse... Bruno le statisticien ne s'est pas complètement perdu en Afrique.
Arusha (Tanzanie), 30
septembre 2007, trois cent soixante-cinquième
jour de balade africaine : l'heure pour un
"bilan", intermédiaire, a sonné, intermédiaire
puisque Le Cap est encore bien loin. Un bilan en
forme de confrontation rapide du projet à sa
réalisation.
D'abord en termes d'itinéraire : trois
modifications majeures ont ponctué mon année de
nomadisme. Il y a eu le renoncement à la
traversée du Tchad, pour des raisons
d'insécurité, et conséquemment du Cameroun, au
profit du Bénin. Ensuite, j'ai abandonné l'idée
d'emprunter la route de Mombasa à Dar El Salam,
préférant, pour des raisons pratiques (connexion
aérienne vers Madagascar), celle de Nairobi à
Arusha. Enfin, last but not
least, parce que je
l'aurais sans doute regretté a posteriori, j'ai
décidé d'effectuer la traversée de l'Afrique de
l'Est dans son ensemble (Ethiopie, Kenya,
Tanzanie, Malawi, Mozambique, Afrique du Sud)
plutôt que, comme je l'avais envisagé
initialement, de couper court en rejoignant
l'Afrique du Sud directement par avion depuis
Madagascar.
En termes de moyens de transport je n'avais pas
exclu de mettre occasionnellement mon vélo sur le
toit d'un taxi-brousse, d'un bus, d'un bateau,
etc. ; en fait, si l'on exclut les transits où le
vélo était matériellement inenvisageable
(exemples : transfert par avion de l'Afrique de
l'Ouest à l'Afrique de l'Est ; traversée en
bateau vers une île...), j'ai rarement renoncé au
pédalage quotidien : seulement huit fois sur le
continent africain (dont trois jours pour cause
de panne mécanique au Kenya) et une dizaine de
fois à Madagascar principalement parce que mes
itinéraires malgaches étaient des culs-de-sac
nécessitant un autre moyen de transport pour les
parcours de retour (sauf à faire la même route
d'abord dans un sens puis dans l'autre, ce qui
n'est pas vraiment enthousiasmant).
En termes de timing et de kilométrage, en
première analyse on peut dire que je suis loin du
compte puisque je prévoyais d’atteindre le Cap de
Bon Espérance en douze mois, à raison de 1.200
kilomètres de vélo environ par mois (soit 40
kilomètres par jour en moyenne et un total de
15.000 kilomètres à l'arrivée) ; or, à ce jour,
je ne suis qu'à Arusha au nord de la Tanzanie et
mon compteur n'affiche que 8.000 kilomètres.
Ai-je été si lent ? La question méritait une
analyse que le statisticien que je suis (un peu)
ne pouvait manquer de mener.
1/ Ce qui n'avait pas été explicitement prévu
dans mon projet initial, c'est que j'allais, au
cours de cette année, avoir l'occasion de faire
des excursions touristiques en marge de mon
itinéraire à vélo. J'avais seulement lancé à la
cantonade auprès de mon entourage "si vous avez
envie de venir me rejoindre sur mon parcours
africain, surtout n'hésitez pas !" ; mais je n'y
croyais que mollement. Or, j'ai eu le plaisir de
recevoir plusieurs échos favorables à cette
proposition et, au total, les retrouvailles
d'ami(e)s ont été nombreuses et toutes ont pris
la forme d'excursions touristiques hors de mon
itinéraire cyclotouristique principal car aucun
d'entre eux(elles) n'est venu avec son vélo pour
faire un bout de route avec moi. Il y a donc eu
l'excursion nigérienne, le voyage au Bénin, puis
la balade éthiopienne et plus récemment les
vacances malgaches, ce à quoi il faut ajouter mes
deux excursions pour rendre visite à mes amis
africains (Jean-Rémy au Gabon et Kiari en Guinée
Equatoriale) et mes petites promenades kenyanes
durant l'attente de mon nouveau pédalier de vélo,
soit un total de 130 jours (un peu plus de quatre
mois) passés à l'écart de mon itinéraire à vélo.
Ainsi, si l'on met de côté ces 130 jours, on se
rapproche alors de mes 40 kilomètres
prévisionnels de vélo par jour : 8.000 / (365 -
130) = 34 kilomètres par jour.
2/ Mais ce qui n'avait véritablement pas été du
tout prévu au départ - et pour cause ! - ce sont
mes arrêts forcés dus à mes deux lombalgies
(Sénégal et Madagascar), ma malaria couplée à une
typhoïde (Niger), ma panne de pédalier (Kenya) et
la difficulté à me procurer un visa gabonais
(Bénin), soit au total 48 jours d'immobilisation.
En tenant compte de ces imprévus majeurs, on
s'aperçoit alors que la réalité (en termes de
timing) est toute proche du projet : 8.000 / (365
- 130 - 48) = 42 kilomètres de vélo en moyenne
par jour (contre 40 prévus initialement). Il
n'est donc pas si curieux que, un an après mon
départ, je ne sois qu'à Arusha avec seulement
8.000 kilomètres au compteur et non au Cap avec
15.000 kilomètres dans les mollets. Conclusion :
je n'ai pas été trop lent, j'ai simplement eu
nombre d'imprévus !
3/ Notez, pour conclure cette analyse
quantitative, que si l'on tient compte des 23
jours de transports en commun (avion, bateau,
bus, taxi-brousse, 4x4...) et des 59 jours de
repos "normaux", je n'ai pédalé que 105 jours, et
donc à raison de 76 kilomètres en moyenne par
jour de vélo effectif. Cela fait peu, allez-vous
penser ! Sachez que j'en suis le premier étonné ;
si je n'avais pas effectué méticuleusement ce
décompte de jours, j'aurais sans doute pensé
avoir passé la moitié de l'année sur ma selle,
c'est dire combien les jours passés à vélo sont
subjectivement, pour moi, intenses et/ou
exigeants.
Quoi qu'il en soit, ceci n'était qu'un "bilan"
quantitatif (et seulement cela) au bout d'un an.
D'une part, à côté des chiffres il y a tout le
reste (pour donner une idée de ce reste, j'ai, à
ce jour, rempli d'une écriture serrée presque six
carnets de voyages, soit environ mille pages de
souvenirs...). D'autre part, il n'est pas exclu
que le bilan synthétique (quantitatif) final soit
bien différent de ce bilan intermédiaire,
notamment parce que, d'ici Cap Town, je ne vais
sans doute plus beaucoup quitter mon vélo. Je
n'ai, en effet, plus de projet d'excursion hors
de mon itinéraire à vélo, exception faite de
cette première quinzaine d'octobre que je vais
passer, entre volcans et coraux tanzaniens, avec
mes amis, venus de France, Denis et Jez... je
vous raconterai ...