Pas téméraire... Ah, le sable !
jeudi 19 octobre 2006
Sur une carte, une route c'est un trait de
couleur. Et la couleur, elle nous donne
habituellement la taille et l'importance de la
route. Alors nous avons l'habitude d'anticiper
facilement la taille et le type des routes que
nous empruntons. Mais là-bas... (quelques images)
Dans le
descriptif de mon itinéraire, j'écrivais
qu'arrivé à Matam je serais devant ma première
épreuve : la piste Nord-Sud vers Tambacounda. Sur
certaines cartes sénégalaises, cette piste est
appelée la RN 7. Sur ma carte, c'est indiqué plus
modestement "route secondaire permanente".
Lorsque j'en ai parlé autour de moi ici, soit les
gens m'ont indiqué la route par Bakel, soit ils
ont voulu me dissuader de prendre cette piste de
brousse. Mais lorsque je les ai interrogés sur
cette piste de brousse, je me suis vite aperçu
qu'ils ne l'avaient pas prise, ce sont des gens
de la ville, pas du bush. Il faut donc aller voir
soi-même. Je suis donc parti tôt, j'ai fait les
cinq kilomètres jusqu'à Ogo et là j'ai bien
trouvé la piste sur la droite. J'ai tout de même
demandé confirmation à un passant (car il n'y a
pas de panneaux indicateurs dans ce pays) ; il
m'a vivement recommandé de ne pas partir par
cette piste de brousse : « c'est trop dur à vélo,
y'a des animaux sauvages… », mais il en faisait
trop, il n'était pas crédible.
Je m'engage donc sur une superbe piste de latérite, assez rectiligne. Le vélo se comporte bien sur ce type de terrain, c'est bon signe. Après dix kilomètres, la piste entre dans un village qui n'est pas indiqué sur ma carte, mais c'est comme un cul-de-sac, la piste s'arrête dans une cour de maison. Je me renseigne, et l'on me guide sur la suite de la piste : à la belle piste rectiligne se substitue à partir de là une piste sinueuse, en fait deux traces de roues (ou ornières) qui zigzaguent entre les touffes d'herbes et d'épineux. Naturellement, un kilomètre plus loin les traces de voiture se multiplient, et au bout d'un moment je réalise que je n'ai pas suivi la bonne piste ; marche arrière... Heureusement je rattrape une charrette à âne ; le cocher me remet dans la bonne direction. Il fait chaud, peut-être quarante, le ciel est bleu et donc le soleil est cinglant, la piste devient plus évidente à suivre sans se perdre, car plus j'avance, plus la latérite laisse la place au sable. Et là commence la galère du jour, pédaler quelques centaines de mètres, descendre de vélo juste avant le sable (sinon c'est la chute, j'ai expérimenté trois fois), pousser le vélo à pied, main gauche au guidon, main droite à la selle, ouf ! 25 mètres de gagnés. Remonter en selle, descendre, pousser, remplir ses baskets de sable, remonter, rouler... super peut-être 400 mètres, descendre, pousser, pousser, s'essuyer le visage dégoulinant de transpiration, remonter, avancer deux cents mètres, descendre, pousser, pousser, repousser, ..., et arriver à Lokoté.
C’est le premier village indiqué sur ma carte, en fait une dizaine de huttes d'un campement peul. Je vais vers les gens pour m'abriter sous le toit de branchage qu'ils ont construit devant leurs huttes, et pour quémander un peu d'eau. Le chef de famille est sympathique et parle français ; on discute, il me dit que ça va être dur, que le prochain village est à 20 kilomètres et que c'est encore plus sablonneux, que pour aller à Tamba il faut que je compte 8 à 10 jours, que je ferais mieux d'attendre ici car peut-être un 4x4 passera ce soir dans ma direction... Têtu, je reprends la "route", pendant une demi-heure, mais au milieu d'un nouveau passage sablonneux je réalise que j'ai fait seulement trente kilomètres dont la moitié sur une bonne piste ; si je dois encore faire vingt kilomètres de piste pourrie aujourd'hui, je vais être complètement hors service. La latérite oui, le sable NON... trop dur (!) pour moi, pas téméraire ce coup-ci... Retour à la case départ et j'abandonne la RN 7.
Le lendemain, je suivrai finalement le goudron par la RN 2 vers Bakel, et de Bakel j'emprunterai le bus pour Tambacounda (car je n'aivais pas trop envie de rouler au milieu des camions de la RN 1). C'est donc de Tambacounda que je vous écris après ce premier changement d'itinéraire (par rapport à celui envisagé sur carte depuis la France).
Je m'engage donc sur une superbe piste de latérite, assez rectiligne. Le vélo se comporte bien sur ce type de terrain, c'est bon signe. Après dix kilomètres, la piste entre dans un village qui n'est pas indiqué sur ma carte, mais c'est comme un cul-de-sac, la piste s'arrête dans une cour de maison. Je me renseigne, et l'on me guide sur la suite de la piste : à la belle piste rectiligne se substitue à partir de là une piste sinueuse, en fait deux traces de roues (ou ornières) qui zigzaguent entre les touffes d'herbes et d'épineux. Naturellement, un kilomètre plus loin les traces de voiture se multiplient, et au bout d'un moment je réalise que je n'ai pas suivi la bonne piste ; marche arrière... Heureusement je rattrape une charrette à âne ; le cocher me remet dans la bonne direction. Il fait chaud, peut-être quarante, le ciel est bleu et donc le soleil est cinglant, la piste devient plus évidente à suivre sans se perdre, car plus j'avance, plus la latérite laisse la place au sable. Et là commence la galère du jour, pédaler quelques centaines de mètres, descendre de vélo juste avant le sable (sinon c'est la chute, j'ai expérimenté trois fois), pousser le vélo à pied, main gauche au guidon, main droite à la selle, ouf ! 25 mètres de gagnés. Remonter en selle, descendre, pousser, remplir ses baskets de sable, remonter, rouler... super peut-être 400 mètres, descendre, pousser, pousser, s'essuyer le visage dégoulinant de transpiration, remonter, avancer deux cents mètres, descendre, pousser, pousser, repousser, ..., et arriver à Lokoté.
C’est le premier village indiqué sur ma carte, en fait une dizaine de huttes d'un campement peul. Je vais vers les gens pour m'abriter sous le toit de branchage qu'ils ont construit devant leurs huttes, et pour quémander un peu d'eau. Le chef de famille est sympathique et parle français ; on discute, il me dit que ça va être dur, que le prochain village est à 20 kilomètres et que c'est encore plus sablonneux, que pour aller à Tamba il faut que je compte 8 à 10 jours, que je ferais mieux d'attendre ici car peut-être un 4x4 passera ce soir dans ma direction... Têtu, je reprends la "route", pendant une demi-heure, mais au milieu d'un nouveau passage sablonneux je réalise que j'ai fait seulement trente kilomètres dont la moitié sur une bonne piste ; si je dois encore faire vingt kilomètres de piste pourrie aujourd'hui, je vais être complètement hors service. La latérite oui, le sable NON... trop dur (!) pour moi, pas téméraire ce coup-ci... Retour à la case départ et j'abandonne la RN 7.
Le lendemain, je suivrai finalement le goudron par la RN 2 vers Bakel, et de Bakel j'emprunterai le bus pour Tambacounda (car je n'aivais pas trop envie de rouler au milieu des camions de la RN 1). C'est donc de Tambacounda que je vous écris après ce premier changement d'itinéraire (par rapport à celui envisagé sur carte depuis la France).
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