Après le goudron sénégalais, la piste malienne
samedi 18 novembre 2006
Bruno avance et vient de passer sa première
frontière africaine... en pirogue ! Le dos semble
aller mieux, il a maintenant et pour quelque
temps un compagnon cycliste. Mais laissons la
parole à Bruno...
J'ai
bigrement bien fait de quitter Kedougou en 4x4
car, en vélo, ces 120 kilomètres jusqy'à la
frontière n'auraient pas été qu'une partie de
plaisir avec un dos à peine remis en place. La
route "goudronnée" vers Sarraya n'est en effet
plus qu'une succession de trous, l'enfer pour le
4x4, un enfer qui aurait été une épreuve de
zigzag en vélo. Après Sarraya en revanche, la
piste était superbe (nous avons roulé à
quatre-vingt-dix kilomètres-heure sur une belle
tôle ondulée) ; mais la suite était d'une autre
nature : une piste qui n'en est plus une au
milieu de la brousse, j'avais parfois des doutes
lorsque le chauffeur partait sur une simple sente
en écrasant les buissons, mais il avait l'oeil.
Une heure et demi plus tard, et de multiples
acrobaties de conduite, il me déposait au bord du
Falémé - le fleuve frontière - et me trouvait un
piroguier avant de rebrousser chemin. Cinq
minutes de traversée et j'étais au Mali, sans
avoir trouvé le moindre poste-frontière et donc
sans avoir de tampon de sortie du Sénégal...
De là, c'est alors à moi de jouer, la piste malienne qui va à Keniéba est tout aussi peu évidente que la trace sénégalaise que je quitte, mais j'ai tout l'après-midi pour parcourir les trente-cinq kilomètres qui me séparent encore de mon ami Salia. A chaque fois que je croise quelqu'un sur la piste (cyclable), la première fois ce n'était qu'après quinze kilomètres, je vérifie que je suis toujours sur la bonne sente, car des petits sentiers de vélo, il y en a un peu partout qui partent là dans un champ, ici vers un hameau : "Keniéba ? Kéniéba ? par là ?". La seule difficulté c'est lorsque l'on me répond avec un claquement de langue, car alors je suis bien en peine de savoir si c'est un oui ou un non !
Et finalement j'arrive au campement où Salia m'attend ; retrouvailles, tout va dans le meilleur des mondes ! Le lendemain, je vais faire viser mon visa à la gendarmerie et j'incite Salia à quelques améliorations sur son vélo (en particulier changer le roulement à billes qui coince et mettre un porte-bagages) car je m'interroge sur le fait qu'il puisse me suivre sur des centaines de kilomètres avec un tel biclou. Mais finalement, le sur-lendemain, sur la piste vers Manantali, Salia tient bien la distance. Seule ombre au paysage, on a raté la bifurcation vers Kassama ; résultat, on emprunte une piste pour vélos à travers la brousse, piste que l'on nous a indiquée comme étant une route alternative vers Kassama. Dans quelle galère s'est-on fourré ! Il faut en effet monter la falaise. Ici, pas de montée en lacets, ça monte les 200 à 300 mètres de dénivelé en direct, sur un chemin de mulets très caillouteux avec des marches énormes, il faut pousser le vélo comme des bêtes ! Amis adeptes du VTT, vous savez lorsque l'on peste parce que le portage est trop long et trop pentu, et bien là, c'est pareil, sauf qu'il faut ajouter deux sacoches de chacune dix kilos ! Heureusement que Salia est là, aux passages les plus durs, nous portons à deux, sinon il aurait fallu que je décharge pour d'abord faire passer le vélo et ensuite porter les bagages…
Mais comme toujours, l'effort est récompensé en haut par une superbe balade de dix-huit kilomètres sur le plateau, on roule sur un sentier très plaisant, type sentier de randonnée, à travers les champs de petit mil, de sorgho, d'arachides, de coton, de sésame, ponctué de petits hameaux où l'on est accueilli avec étonnement et grands sourires (à défaut de quelques mots de français) ; pour sûr qu'il ne doit pas passer souvent de toubab à vélo sur cet itinéraire perdu ! Après avoir rejoint Kassama et y avoir fait la sieste à l'ombre du fromager central, nous sommes enfin sur la piste principale qui va à Manantali ; mais là encore, l'état de la piste est tel que l'on peut être certain qu'il n'y vient pas un 4x4 tous les jours, voire toutes les semaines. La piste a été abandonnée aux vélos et aux motos, je profite pleinement de ma petite expérience en VTT car certains passages à la descente sont acrobatiques (d'autant que pour éviter que mes sacoches ne se détachent sous le choc des sauts de marches, il faut que je descende lentement à la limite de l'équilibre, un équilibre qui n'est d'ailleurs pas toujours évident avec ce poids à l'arrière !) ; à la montée, le plus souvent il faut descendre de vélo car c'est trop scabreux, on progresse donc lentement, mais je suis content d'être dans un coin d'Afrique authentique. Pas étonnant que cette piste ne soit pas indiquée sur la carte routière de l'IGN ! Mais bon, on a tout de même parcouru cent-cinquante kilomètres en deux jours (en roulant presque toute la journée, avec de belles pauses), moi avec des lombaires encore un peu douloureuses et Salia avec un vélo peu performant (trop petit pour lui, selle trop basse, pas de vitesses et des freins qui fonctionnent quand ils veulent !).
Le jour de repos à Manantali n'aura pas été de trop. Ensuite, c'était une autre ambiance : des pistes de latérites de plus en plus larges, de plus en plus rectilignes, de plus en plus fréquentées et donc de plus en plus poussiéreuses à mesure que nous nous rapprochions de Bamako. Mais partout sur cet itinéraire (mis à part aux abords de Bamako), notre chevauchée cycliste est saluée par les autochtones : les enfants crient ou me courent après, les hommes font un signe de la main ou m'invitent à m'arrêter, les femmes en boubous de couleurs vives, marchant le long de la route et portant ici une bassine d'eau, là un fagot de bois ou encore un panier rempli d'on ne sait quoi, s'arrêtent et le cou toujours bien droit m'adressent un large sourire avec une pointe d'étonnement. A la fois on se sent un peu comme la bête curieuse, mais c'est si bon-enfant que l'on se sent un peu comme chez soi, par exemple, je ne me rends plus compte qu’à part moi, ils sont tous noirs !
De là, c'est alors à moi de jouer, la piste malienne qui va à Keniéba est tout aussi peu évidente que la trace sénégalaise que je quitte, mais j'ai tout l'après-midi pour parcourir les trente-cinq kilomètres qui me séparent encore de mon ami Salia. A chaque fois que je croise quelqu'un sur la piste (cyclable), la première fois ce n'était qu'après quinze kilomètres, je vérifie que je suis toujours sur la bonne sente, car des petits sentiers de vélo, il y en a un peu partout qui partent là dans un champ, ici vers un hameau : "Keniéba ? Kéniéba ? par là ?". La seule difficulté c'est lorsque l'on me répond avec un claquement de langue, car alors je suis bien en peine de savoir si c'est un oui ou un non !
Et finalement j'arrive au campement où Salia m'attend ; retrouvailles, tout va dans le meilleur des mondes ! Le lendemain, je vais faire viser mon visa à la gendarmerie et j'incite Salia à quelques améliorations sur son vélo (en particulier changer le roulement à billes qui coince et mettre un porte-bagages) car je m'interroge sur le fait qu'il puisse me suivre sur des centaines de kilomètres avec un tel biclou. Mais finalement, le sur-lendemain, sur la piste vers Manantali, Salia tient bien la distance. Seule ombre au paysage, on a raté la bifurcation vers Kassama ; résultat, on emprunte une piste pour vélos à travers la brousse, piste que l'on nous a indiquée comme étant une route alternative vers Kassama. Dans quelle galère s'est-on fourré ! Il faut en effet monter la falaise. Ici, pas de montée en lacets, ça monte les 200 à 300 mètres de dénivelé en direct, sur un chemin de mulets très caillouteux avec des marches énormes, il faut pousser le vélo comme des bêtes ! Amis adeptes du VTT, vous savez lorsque l'on peste parce que le portage est trop long et trop pentu, et bien là, c'est pareil, sauf qu'il faut ajouter deux sacoches de chacune dix kilos ! Heureusement que Salia est là, aux passages les plus durs, nous portons à deux, sinon il aurait fallu que je décharge pour d'abord faire passer le vélo et ensuite porter les bagages…
Mais comme toujours, l'effort est récompensé en haut par une superbe balade de dix-huit kilomètres sur le plateau, on roule sur un sentier très plaisant, type sentier de randonnée, à travers les champs de petit mil, de sorgho, d'arachides, de coton, de sésame, ponctué de petits hameaux où l'on est accueilli avec étonnement et grands sourires (à défaut de quelques mots de français) ; pour sûr qu'il ne doit pas passer souvent de toubab à vélo sur cet itinéraire perdu ! Après avoir rejoint Kassama et y avoir fait la sieste à l'ombre du fromager central, nous sommes enfin sur la piste principale qui va à Manantali ; mais là encore, l'état de la piste est tel que l'on peut être certain qu'il n'y vient pas un 4x4 tous les jours, voire toutes les semaines. La piste a été abandonnée aux vélos et aux motos, je profite pleinement de ma petite expérience en VTT car certains passages à la descente sont acrobatiques (d'autant que pour éviter que mes sacoches ne se détachent sous le choc des sauts de marches, il faut que je descende lentement à la limite de l'équilibre, un équilibre qui n'est d'ailleurs pas toujours évident avec ce poids à l'arrière !) ; à la montée, le plus souvent il faut descendre de vélo car c'est trop scabreux, on progresse donc lentement, mais je suis content d'être dans un coin d'Afrique authentique. Pas étonnant que cette piste ne soit pas indiquée sur la carte routière de l'IGN ! Mais bon, on a tout de même parcouru cent-cinquante kilomètres en deux jours (en roulant presque toute la journée, avec de belles pauses), moi avec des lombaires encore un peu douloureuses et Salia avec un vélo peu performant (trop petit pour lui, selle trop basse, pas de vitesses et des freins qui fonctionnent quand ils veulent !).
Le jour de repos à Manantali n'aura pas été de trop. Ensuite, c'était une autre ambiance : des pistes de latérites de plus en plus larges, de plus en plus rectilignes, de plus en plus fréquentées et donc de plus en plus poussiéreuses à mesure que nous nous rapprochions de Bamako. Mais partout sur cet itinéraire (mis à part aux abords de Bamako), notre chevauchée cycliste est saluée par les autochtones : les enfants crient ou me courent après, les hommes font un signe de la main ou m'invitent à m'arrêter, les femmes en boubous de couleurs vives, marchant le long de la route et portant ici une bassine d'eau, là un fagot de bois ou encore un panier rempli d'on ne sait quoi, s'arrêtent et le cou toujours bien droit m'adressent un large sourire avec une pointe d'étonnement. A la fois on se sent un peu comme la bête curieuse, mais c'est si bon-enfant que l'on se sent un peu comme chez soi, par exemple, je ne me rends plus compte qu’à part moi, ils sont tous noirs !
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