Billet à mes deux soeurs
mercredi 27 février 2008
Bruno nous avoue sans ambages qu'il manque à sa
culture une connaissance approfondie de la
mythologie romaine. Un manque à la culture de
Bruno ? Difficile à croire, mais ses soeurs
saurons - à n'en pas douter - palier ce manque ;
ici même, sur ce site, si elles le désirent et
veulent bien nous en faire profiter. En
attendant, cela n'empêche pas Bruno de nous
offrir la visite de Volubilis.
En
visitant Volubilis, citée romaine perdue dans ce
pays devenu, depuis, terre d’Islam, je ne peux,
sans doute un peu par atavisme, que penser à mes
deux sœurs, l’aînée pasionaria de l’Italie, la
benjamine professeur de latin agrégée de Lettres
Classiques. À quatre jours de vélo de Tanger et
donc de la frontière qui sépare les deux
continents, entrer dans Volubilis c’est déjà un
peu rentrer en Europe par la porte d’Italie ; on
laisse alors derrière soi les cultes ancestraux
et l’architecture éphémère de l’Afrique Noire
tout comme l’omniprésente culture islamique de
l’Afrique du Nord.
Passée la porte nord, dont le linteau voûté semble bien fragile, on descend le Decumanus maximus en direction de l’arc de triomphe de marbre massif qui signale le centre de la cité avec son agora et son forum, on est alors clairement en terre romaine car le fronton de l’arc comme la douzaine de stèles disposées autour du forum sont gravées d’inscriptions latines (une langue que malheureusement je ne lis plus depuis le collège !) ; à gauche de l’arc, l’imposante basilique, en partie reconstruite par les archéologues, témoigne tout autant de la culture sud-européenne des années 200 après J.-C., chrétienne donc, mais aussi authentiquement romaine puisqu’un Capitole dédié à Jupiter jouxte sans incongruité ce temple chrétien, un Capitole aux belles colonnes qui offrent un idéal refuge à nos cigognes alsaciennes (mais ces migrateurs sont-ils alsaciens ou marocains, il faudrait poser la question à notre ministre de l’identité nationale !).
Lorsque l’on délaisse ces imposants bâtiments publics pour déambuler dans la ville devenue champ de vieilles pierres, on prend progressivement la mesure de l’urbanisme romain avec son système d’égouts, son aqueduc urbain, ses thermes, ses étonnants solariums, ses bassins à poissons, ses pressoirs à huile d’olive (déjà), mais curieusement aucun lieu de divertissements, pas d’amphithéâtre, pas d’arènes ni de stade. Et si l’on prend le temps de chercher le détail qui transforme le vulgaire caillou en réel vestige, on découvre de-ci de-là, parfois perdu dans un bouquet de pâquerettes orange fraîchement écloses, un moellon oublié sculpté d’un joli motif, là une coquille, ici une tête de bovin, là-bas des feuilles de palmiers sur les restes d’un chapiteau de colonne effondrée, plus loin un vase renversé…
Mais ce qui fait sans conteste la réputation de Volubilis, ce sont ses nombreuses et belles mosaïques incroyablement conservées qui pavaient les salles à manger des riches notables ; et là, je réalise frontalement l’étendue de mon incompétence, l’aven dans ma culture, le gouffre de ma méconnaissance en mythologie. La mosaïque des douze travaux d’Hercule est à peine endommagée, pourtant, parce que les douze tâches sont représentées de manière stylisée, je suis incapable de citer l’une d’entre elles de mémoire, la honte m’envahit ! Plus loin, le panneau explicatif indique « L’enlèvement d’Hylas par les Nymphes », qui est-ce, et pourquoi ? Mystère ! Dans la maison dite de l’Ephèbe, Bacchus (lui, je le connais de réputation !) est représenté sur un char à côté d’Ariane nue, pourquoi ? Quel lien entre ces deux divinités ? Sur la mosaïque d’une autre maison, la sylphide Diane est surprise dans son bain par un coquin nommé Actéon – c’est en tout cas ce que me dit mon guide – mais quel est le fond de cette affaire dans la mythologie romaine ? Et puis, il y a cette mosaïque, que les experts qualifient d’orphique sur la base d’indices sans doute bien minces vu son état de détérioration, qui m’interpelle : Orphée, dieu de la musique ou dieu des enfers ? Autant de mosaïques, autant de questions restées sans réponses ; quelle magistrale avanie ! Cosima et Claire, mes sœurs, pitié, volez à mon secours !
Passée la porte nord, dont le linteau voûté semble bien fragile, on descend le Decumanus maximus en direction de l’arc de triomphe de marbre massif qui signale le centre de la cité avec son agora et son forum, on est alors clairement en terre romaine car le fronton de l’arc comme la douzaine de stèles disposées autour du forum sont gravées d’inscriptions latines (une langue que malheureusement je ne lis plus depuis le collège !) ; à gauche de l’arc, l’imposante basilique, en partie reconstruite par les archéologues, témoigne tout autant de la culture sud-européenne des années 200 après J.-C., chrétienne donc, mais aussi authentiquement romaine puisqu’un Capitole dédié à Jupiter jouxte sans incongruité ce temple chrétien, un Capitole aux belles colonnes qui offrent un idéal refuge à nos cigognes alsaciennes (mais ces migrateurs sont-ils alsaciens ou marocains, il faudrait poser la question à notre ministre de l’identité nationale !).
Lorsque l’on délaisse ces imposants bâtiments publics pour déambuler dans la ville devenue champ de vieilles pierres, on prend progressivement la mesure de l’urbanisme romain avec son système d’égouts, son aqueduc urbain, ses thermes, ses étonnants solariums, ses bassins à poissons, ses pressoirs à huile d’olive (déjà), mais curieusement aucun lieu de divertissements, pas d’amphithéâtre, pas d’arènes ni de stade. Et si l’on prend le temps de chercher le détail qui transforme le vulgaire caillou en réel vestige, on découvre de-ci de-là, parfois perdu dans un bouquet de pâquerettes orange fraîchement écloses, un moellon oublié sculpté d’un joli motif, là une coquille, ici une tête de bovin, là-bas des feuilles de palmiers sur les restes d’un chapiteau de colonne effondrée, plus loin un vase renversé…
Mais ce qui fait sans conteste la réputation de Volubilis, ce sont ses nombreuses et belles mosaïques incroyablement conservées qui pavaient les salles à manger des riches notables ; et là, je réalise frontalement l’étendue de mon incompétence, l’aven dans ma culture, le gouffre de ma méconnaissance en mythologie. La mosaïque des douze travaux d’Hercule est à peine endommagée, pourtant, parce que les douze tâches sont représentées de manière stylisée, je suis incapable de citer l’une d’entre elles de mémoire, la honte m’envahit ! Plus loin, le panneau explicatif indique « L’enlèvement d’Hylas par les Nymphes », qui est-ce, et pourquoi ? Mystère ! Dans la maison dite de l’Ephèbe, Bacchus (lui, je le connais de réputation !) est représenté sur un char à côté d’Ariane nue, pourquoi ? Quel lien entre ces deux divinités ? Sur la mosaïque d’une autre maison, la sylphide Diane est surprise dans son bain par un coquin nommé Actéon – c’est en tout cas ce que me dit mon guide – mais quel est le fond de cette affaire dans la mythologie romaine ? Et puis, il y a cette mosaïque, que les experts qualifient d’orphique sur la base d’indices sans doute bien minces vu son état de détérioration, qui m’interpelle : Orphée, dieu de la musique ou dieu des enfers ? Autant de mosaïques, autant de questions restées sans réponses ; quelle magistrale avanie ! Cosima et Claire, mes sœurs, pitié, volez à mon secours !
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