Le récit de Bruno

Changement de programme

... Le Niger et le Tchad à vélo, ça sera pour une autre fois !
Tous à vos Atlas, regardez dans le coin où la côte du Golfe de Guinée s'apprête à descendre vers le Sud. De Niamey, Bruno devait prendre d'abord vers l'Est -direction Tchad - puis vers le Sud - en traversant le Cameroun...
Et bien il commence par le Sud en direction cette fois du Bénin. Au lieu de visiter Garoua, Maroua et les Kapsiki, il visitera les vestiges de l'empire d'Abomey - berceau de la religion Vaudou - et la lagune de Ganvier - un des plus grands villages sur pilotis du monde (après Venise tout de même !). Mais n'anticipons pas, pour l'instant il nous raconte le Niger : son magnifique accueil, sa pauvreté et ... ses hôpitaux !
Arrivé un peu en avance (par rapport à mes prévisions) à la frontière nigérienne fin décembre, je suis allé passer Noël tranquillement avec la famille de Salia à Ouagadougou. Puis, j'ai repris le vélo, seul, de la frontière à Niamey de manière à être là-bas pour les autres fêtes de fin d'année (Tabaski et Nouvel An). Accueilli avec beaucoup de sympathie par Ali, le cousin de mon ami Kiari, et par Marie et Sam, le frère de mon amie Absou, j'ai eu bien du mal à reprendre la selle tant j'étais bien à Niamey. J'ai tout de même repris la route et la piste pendant trois jours avec un vent de face assez démentiel. Arrivé à Dogondoutchi, donc après 371 kilomètres de vélo sur les routes et les pistes nigériennes, je me suis senti mal et j'ai rebroussé chemin sur Niamey en taxi-brousse. Sans tarder, Sam m'a amené consulter un médecin ; verdict des analyses de sang : crise de paludisme et fièvre typhoïde ! Je cumule ! "Bienvenu en Afrique" comme me dit en conclusion Sam.

Une bonne perfusion pour faire chuter la fièvre qui frôlait les 41, deux jours d'hospitalisation, dix jours de convalescence chez Sam et Marie, et hop ! j'étais remis sur pied. Remis sur pied mais avec une décision à prendre : « vais-je reprendre le vélo où je me suis arrêté et poursuivre l'itinéraire prévu initialement ? ». Et bien non, j'ai pris une autre décision : je ferai l'itinéraire initialement prévu certes, mais en bus et taxi-brousse. D'abord, je crains de ne pas avoir la super forme nécessaire pour affronter le terrible vent qui souffle de l'Est. Ensuite, mes amis Sabine, Jean-Marc, Pierrot et Bruno doivent arriver à Agadez dans quelques jours et donc, de toute manière, je n'ai plus le temps d'aller là-bas à vélo. Enfin, les nouvelles parcellaires que je reçois depuis des semaines à propos du Tchad ne sont pas encourageantes (rien ne dit que le conflit armé larvé soit terminé), il n'est donc pas raisonnable de passer par là. Conclusion, je vais aller visiter Zinder et Gouré en bus, car les familles de Kiari et Absou m'y attendent. Ensuite, je filerai à Agadez pour une semaine de désert avec les amis qui arrivent de France. Enfin, je retournerai récupérer mon vélo à Niamey pour reprendre la route, mais contrairement à l'itinéraire initialement prévu par le Tchad puis le Cameroun, je vais rejoindre la côte atlantique par le Bénin. C'est donc mon premier gros changement d'itinéraire... il y en aura certainement d'autres…

Si ces péripéties et ce changement d'itinéraire vont faire que je vous parlerai finalement peu du Niger, il ne faut pas pour autant occulter ce pays ; c'est en effet le pays, selon l'ONU, le plus pauvre au monde (en termes de niveau de vie, de niveau d'éducation, de mortalité infantile...), et je peux vous assurer que la pauvreté est bel et bien criante ici. Pourtant, comparativement à des pays comme le Burkina ou le Mali, si l'on se fie aux panneaux d'information qui longent les routes à l'entrée des villes et villages, il semble y avoir nettement moins de projets de coopération et d'aide au développement au Niger. Curieux paradoxe ! Si vous avez donc des envies d'initiatives en matière d'aide au tiers-monde, pensez au Niger ; ici des chantiers considérables sont à concevoir et à soutenir. Lorsque que j'ai été accueilli, il y a trois jours, à Gouré, comme un frère de Kiari c'est-à-dire avec une hospitalité fraternelle émouvante, j'ai discuté avec le maire et le député de la commune (des cousins de Kiari) : ils cherchent désespérément un jumelage ou un partenariat avec une collectivité européenne francophone pour les aider à réaliser les investissements qui permettraient à cette population vivant en bordure de désert à simplement vivre un peu mieux... Ne laissons pas le Niger dans l'oubli...
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